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Le Pranayama selon Van Lysebeth

Extrait de PRANAYAMA, LA DYNAMIQUE DU SOUFFLE,
de André Van Lysebeth

I – Le prana

Le prana est au yoga ce que l’électricité est à notre civilisation. Imaginons que la machine à remonter le temps de Wells nous mette en présence d’un yogi, deux mille ans avant notre ère. Imaginons que nous lui décrivions notre civilisation, avec les avions, le téléphone, la radio, la télévision, les aspirateurs, les frigos, les voitures, sans oublier les satellites et les fusées, en passant par les lampes de poche, les cerveaux électroniques, les tramways et les mixers, mais en « oubliant » de lui parler de l’électricité : il aurait une vue bien faussée de notre civilisation. Il ne comprendrait rien à son moteur essentiel, cette énergie électrique qu’il nous arrive par ailleurs d’oublier, sauf en cas de panne de courant ! Et que nous développons dans le pranayama.

De même, ignorer ou méconnaître l’existence du prana, son action sur notre organisme, la façon de l’emmagasiner, de le diriger à volonté, c’est ignorer le véritable yoga. Sans doute est-il possible de pratiquer les asanas sans se préoccuper du prana, parce que, dans une certaine mesure, les postures assurent presque automatiquement l’équilibre pranique sans que l’adepte ait à s’en soucier. Mais après quelque temps de pratique, l’adepte plafonne. Une fois acquise la technique des poses, si l’on veut progresser, il faut dépasser le stade de l’exécution purement mécanique et matérielle des asanas et autres exercices yogiques pour passer au stade du pranayama.

Mais imitons les philosophes indiens qui commencent par définir les termes qu’ils emploient.

Qu’est-ce que le prana ?

Le prana, qu’est-il donc ? S’agit-il d’une force occulte, mystérieuse, source de pouvoirs miraculeux ?
Swami Sivananda dit : « Prana est la somme totale de toutes les énergies contenues dans l’Univers. » C’est vaste ! Pour les yogis, l’Univers est composé d’Akasa, l’éther cosmique, et de Prana, c’est-à-dire d’énergie. Lorsque Prana agit sur Akasa, toutes les formes de la matière naissent. Cette conception correspond en somme à celle de notre physique nucléaire, qui considère toute matière comme de l’énergie «arrangée» de diverses façons. La science n’admet pas (ou n’admet plus) la notion d’éther… provisoirement du moins !

Lorsque nous écrivons Prana avec majuscule, nous désignons cette Énergie Cosmique prise dans son ensemble, et prana avec minuscule en indiquera les manifestations. Donc Prana, c’est l’énergie universelle indifférenciée, et prana, l’énergie différenciée, manifestée sous quelque forme que ce soit. Le magnétisme est une manifestation du prana, tout comme l’électricité et la gravitation. Tout ce qui se meut dans notre Univers manifeste Prana : grâce au prana, le vent souffle, la terre tremble, la hache s’abat, l’avion décolle, l’étoile explose et le philosophe pense. Le prana est universel. Nous existons dans un océan de prana dont chaque être vivant est un tourbillon. Les yogis affirment que ce qui caractérise la vie, c’est sa capacité d’attirer du prana en soi, de l’y accumuler et de le transformer pour agir dans le milieu intérieur et dans le monde extérieur.
Pourquoi j’utilise le terme « Prana » plutôt qu’« énergie ». Pour nous, Occidentaux, le terme « énergie » est un concept moins large et trop matériel. Pour le yogi, la pensée elle-même est une forme plus subtile de prana, alors que pour l’Occidental, l’énergie est quelque chose de foncièrement différent. Notre «énergie» est, disons-le, trop industrielle. Selon les yogis, le prana est présent dans l’air et pourtant il n’est ni l’oxygène ni l’azote, ni aucun des constituants chimiques de l’atmosphère. Le prana existe dans la nourriture, dans l’eau, dans la lumière solaire, et cependant il n’est ni les vitamines ni la chaleur, ni les rayons ultra- violets. L’air, l’eau, les aliments, la lumière solaire véhiculent le prana dont dépend toute vie animale ou même végétale. Le prana pénètre tout le corps, même là où l’air ne le peut. Le prana est notre véritable nourriture, car sans prana aucune vie n’est possible. Le dynamisme vital lui-même ne serait qu’une forme particulière et subtile du prana qui emplirait tout l’Univers. La vie latente imbiberait ainsi le cosmos tout entier et, pour se manifester sur le plan matériel, l’esprit se servirait du prana pour animer le corps et ses divers organes. Jusqu’ici nous n’écorchons pas trop les théories occidentales modernes ! Toutefois, les yogis vont au-delà de l’affirmation de l’existence de cette énergie – qu’aucun physicien nucléaire ne nierait.
Les rishis proclament – et cela forme la base même du yoga – que le prana peut être stocké et accumulé dans le système nerveux, plus particulièrement dans le plexus solaire. Ils mettent en outre l’accent sur cette NOTION CAPITALE ET ESSENTIELLE que le yoga nous donne le pouvoir de diriger à volonté ce courant de prana par la PENSÉE. Le yoga donne ainsi un accès conscient et volontaire aux sources mêmes de la vie.

Contrôle conscient du prana

Déceler l’existence du prana est remarquable. Découvrir qu’il est possible de le contrôler, déterminer les lois et les techniques propres à cette fin est merveilleux : les yogis ont fait les deux. La science du contrôle du prana s’appelle le pranayama (ayama = restreindre, maîtriser). Tous les exercices de yoga visent cet objectif et pas seulement les techniques respiratoires. Un seul exemple: c’est en contrôlant le prana que les yogis arrêtent les battements du cœur.

Citons ici les expériences faites sur place, en Inde, avec enregistrement simultané au pneumographe et au cardiographe, par le docteur Thérèse Brosse. Des arrêts du cœur ont été ainsi constatés objectivement. Voici un extrait du rapport publié par ce médecin :
« Au moment où le yogi annonce le contrôle du cœur, on n’aperçoit plus sur la ligne isoélectrique qu’une infime fibrillation, seul vestige de la contraction cardiaque qu’il est presque impossible de repérer. On pourrait, au vu de cette courbe, porter un pronostic des plus sévères si, dans les instants précédents et suivants, la silhouette électrique n’était, non seulement normale, mais exagérée même dans son voltage, au gré du yogi.
En présence de ces faits, peu importe que nos hypothèses les attribuent soit à une concentration anormale du gaz carbonique dans le sang, soit à un changement dans l’axe du cœur, soit à une modification de l’ionisation des tissus, soit à ces mécanismes combinés ou à d’autres insoupçonnés, puisque l’état actuel de nos connaissances ne nous permet pas encore de prendre parti. Quel qu’en soit le mécanisme, ce qui reste à bon droit stupéfiant, c’est que la chute extrême du voltage se produise précisément lorsque le yogi annonce qu’il va retirer de son cœur l’énergie vitale, et que le retour à un voltage normal ou même exagéré survienne lorsqu’il déclare contrôler le bon fonctionnement de son cœur. Or l’énergie vitale (prāna) est précisément dans l’esprit du yogi une énergie électrique qu’il dit être de la même nature que l’éclair. D’autre part, c’est par une science spéciale du souffle qu’il entend régler l’énergie vitale, celle du moins qui est puisée dans la nature. Or des travaux tout récents ont justement précisé le rôle du poumon en ce qui concerne la charge électrique sanguine, les alvéoles pulmonaires puisant dans l’air inspiré les ions négatifs qui conféreraient aux colloïdes leur vitalité.
Ainsi, nous nous trouvons en présence de praticiens d’une maîtrise aussi totale que possible des différentes activités humaines et qui, ignorant tout de la structure de leurs organes, sont cependant les maîtres de leurs fonctions. Ils jouissent d’ailleurs d’un état de santé magnifique qu’ils ne pourraient pas conserver s’ils violaient incessamment au cours de leurs exercices extraordinaires et prolongés les lois de l’activité physiologique. Et ainsi que nous venons de le voir, la théorie même sur laquelle sont basés certains de ces exercices semble confirmée, non seulement par la réalité des résultats mais encore par de récentes découvertes de la science occidentale. »

Traduire «pranayama» par «exercices respiratoires» serait une limitation lamentable de la portée de ces exercices et méconnaîtrait leur but véritable qui est la captation, l’accumulation et le contrôle conscient des énergies vitales praniques dans notre corps. En dernière analyse, le pranayama est aussi le but des asanas, bandhas et mudras ; entre le mental et le prana, il existe une interaction qui fait que le hatha-yoga va bien au-delà du physique. En réalité, il n’existe aucune différence fonda- mentale entre le yoga mental ou raja-yoga et le hatha- yoga.

Résumons :

Prāna = la somme totale des énergies de l’Univers. Prāna n’est ni le magnétisme ni la gravitation, ni l’électricité, mais ces divers phénomènes sont des manifestations du prāna universel. Partout dans l’Univers où il y a mouvement, Prāna se manifeste.
Les mouvements les plus ténus, comme ceux des électrons autour du noyau atomique, en passant par la force musculaire et le coup de poing de la brute constituent autant de manifestations du Prāna universel.
La vie, la «force vitale», en est une manifestation comme les autres. Pour clore ce premier chapitre, voici quelques paragraphes extraits du livre de Christoph Wilhelm Hufeland, publié au début du XIXe siècle, L’Art de prolonger la vie par la macrobiotique, qui renferme des idées étonnamment proches des conceptions yogiques exposées ci-dessus :

« Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la force vitale ? Ces questions sont du grand nombre de celles que nous rencontrons à chaque pas en étudiant la nature. Simples en apparence, elles ne roulent que sur des phénomènes fort ordinaires, sur des faits dont nous sommes témoins chaque jour, et cependant il est très difficile d’y répondre. Dès qu’un philosophe emploie le mot force, on peut être assuré qu’il se trouve dans l’embarras, car il explique une chose par un mot qui est lui- même une énigme. En effet, a-t-on attaché jusqu’à présent une idée claire à ce mot de force ? C’est pourtant ainsi qu’il s’est introduit en physique une infinité de forces telles que la gravitation, l’attraction, l’électricité, le magnétisme, etc., qui ne sont autre chose dans le fond que l’x des algébristes, c’est-à-dire la grandeur inconnue que nous cherchons. Cependant, il nous faut des signes pour représenter des choses dont on ne peut nier l’existence, mais dont l’essence est incompréhensible, j’emploierai aussi le mot force, prévenant toutefois que je n’entends en aucune manière décider si ce que nous appelons force vitale est une matière particulière ou seulement une propriété de la matière.
La force vitale est sans contredit une des plus générales, des plus puissantes et des plus incompréhensibles de la nature. Elle remplit et meut tout. Elle est probablement la source de toutes les autres forces du monde physique, ou au moins du monde organique. C’est elle qui produit, conserve et renouvelle tout, et qui, depuis tant de milliers d’années, fait reparaître à chaque printemps la création aussi brillante et aussi fraîche que quand elle sortit des mains du Créateur. Vrai souffle de la divinité, elle est inépuisable et infinie comme elle. C’est elle enfin qui, perfectionnée et exaltée par une organisation plus parfaite, enflamme le principe de la pensée et de l’âme, et donne à l’être raisonnable non seule- ment l’existence mais encore le sentiment et les jouissances de la vie, car j’ai toujours observé que le sentiment qu’on a du prix et du bonheur de l’existence est en raison du plus ou moins d’énergie de la force vitale, et que, comme une certaine surabondance de vie dispose davantage à tous les plaisirs, à toutes les entreprises, et fait trouver plus de charme à la vie, de même rien n’est plus propre qu’un défaut de force vitale à produire ce dégoût et cet ennui de la vie qui malheureusement caractérise trop bien notre siècle. Quand on étudie avec soin les phénomènes de la force vitale dans le monde organisé, on arrive à reconnaître en elle les propriétés et les lois suivantes : la force vitale est l’agent le plus subtil, le plus pénétrant et le plus invisible que nous connaissions jusqu’à présent dans la nature ; elle l’emporte même, à cet égard, sur la lumière, l’électricité et le magnétisme avec lesquels elle semble, d’ailleurs, avoir la plus grande analogie sous d’autres rapports. Quoiqu’elle pénètre tous les corps, il y a cependant des modifications de la matière pour lesquelles elle paraît avoir plus d’affinités que pour d’autres, elle s’y unit plus intimement et en plus grande quantité et s’identifie en quelque sorte avec elle. Nous appelons cette modification de la matière “structure organique”, ou simplement organisation, et nous donnons le nom d’organisés aux corps qui la possèdent, c’est-à-dire aux végétaux et aux animaux. Cette structure organique semble constituée d’une certaine disposition, d’un certain mélange des particules les plus déliées, et sous ce rapport nous trouvons une analogie frappante entre la force vitale et le magnétisme… La force vitale peut exister à l’état libre ou à l’état latent, et sous ce rapport elle a beau- coup d’analogie avec le calorique et l’électricité. »

Précisons que ces lignes sont extraites de la traduction française, éditée en 1838 !

II – Le prana de l’air

La source la plus importante de prana vital est l’atmosphère. Plusieurs millénaires avant que la science ne découvre l’électricité, les yogis ont décelé que l’atmosphère vibre d’une énergie subtile et que celle-ci constitue la source principale de toutes les énergies en action dans le corps humain. À ce propos, une affirmation des plus significatives est celle qui est rapportée par le docteur Thérèse Brosse, citée au chapitre précédent, d’un yogi affirmant que « l’énergie qui lui permet de contrôler son cœur et même de l’arrêter est de la même nature que l’éclair ». Il s’agit là d’une affirmation surprenante si l’on considère que la foudre a toujours été, et est encore pour les peuples primitifs, un phénomène terrifiant, surnaturel même, et qu’ils sont bien loin d’établir une identité de nature, voire une relation quelconque entre l’éclair et les énergies vitales permettant le fonctionnement de leur propre organisme !

En rapprochant les théories yogiques des observations et des découvertes de la science occidentale, nous pouvons affirmer que le prana de l’atmosphère est constitué, sinon en totalité du moins en ordre principal, de particules électrisées, en l’occurrence les ions négatifs, et d’autre part qu’il existe dans notre corps un véritable métabolisme de l’électricité puisée dans l’atmosphère. Dans ce domaine, les sources occidentales sont de valeur, quoique relative- ment peu nombreuses, car nos savants s’intéressent bien plus à ce qui se passe dans la ceinture Van Allen qu’aux phénomènes d’ionisation dans l’atmosphère au ras du sol… celle-là même où nous vivons, notre milieu vital ! Pour trouver des indications au sujet de l’électricité atmosphérique et de ses répercussions biologiques, notre choix a été limité d’abord à deux chercheurs œuvrant dans des pays différents, puisque l’un est Fred Vlès, professeur à la faculté de médecine de Strasbourg, directeur de l’Institut de physique biologique, et l’autre le Russe Tchijewski, de Kiev.

C’est surtout dans l’œuvre de Fred Vlès que nous puiserons, et notamment dans son livre passionnant qui aurait dû révolutionner la biologie, mais qui n’a pas eu le retentissement mérité: «Les conditions biologiques créées par les propriétés électriques de l’atmosphère1.

Yin et yang

Il est surprenant de constater qu’à ces rares exceptions près, la science ne s’est guère préoccupée de l’influence de l’électricité atmosphérique sur l’être humain, et cela jusqu’à une époque toute récente. Les géophysiciens nous apprennent donc que la terre est un conducteur dont la surface est chargée négativement, tandis que la haute atmosphère est positive. L’atmosphère, notre milieu vital, se trouve comprise dans un champ électrostatique dirigé approximativement de haut en bas, avec des différences de potentiel de 100 à 150 volts par mètre d’altitude.

L’existence de ce champ de forces dirigé de haut en bas est connue en Chine depuis l’Antiquité.

Une digression nous amènera à examiner la conception chinoise Inn et Yang, et nous écouterons maintenant George Soulié de Morant, qui introduisit l’acupuncture chinoise en Europe après la Première Guerre mondiale :

« Un des points les plus troublants de la science chinoise est l’importance primordiale qu’elle donne à la relativité yin- yang. Ce double terme est employé dans les sens les plus divers et déroute souvent les chercheurs. Le yang est ce qui est en haut, par rapport au bas, à l’inverse du yin. Depuis que l’électricité est connue, le pôle positif a été aussitôt appelé yang, le pôle négatif yin.
Les docteurs E. et H. Biancini de Paris ont rassemblé en un article du plus haut intérêt1 les notions éparses sur les rapports de l’électricité atmosphérique et cosmique et de la physiologie humaine. Il est intéressant de faire la comparaison avec les notions chinoises à ce sujet.
Pour l’existence et les signes de cette force, Beccaria avait démontré depuis longtemps que le signe normal des manifestations par ciel serein est positif.
Les Chinois constatent l’énergie positive yang et en attribuent l’origine au Soleil et aux astres ; l’énergie négative yin, et en attribuent l’origine à la terre. Un ouvrage chinois pré- sente la question en ces termes (I Sio fou Menn du XVIe siècle ; p. 38) : “Le yang est ce qu’il y a de léger, de pur. C’est l’énergie qui flotte en haut et dont le ciel est formé. Le yin est épais et lourd. C’est ce qui a pris forme et s’est concrétisé pour former la terre. L’énergie du ciel azuré se tient en haut, mais les végétaux en sont nourris !” Comment les Chinois de l’Antiquité, car ces notions sont reproduites d’ouvrages du XXVIIIe siècle avant Jésus-Christ, ont-ils perçu ces forces et distingué sous le nom d’énergie yang, l’électricité atmosphérique positive, et énergie yin la charge négative de la terre ? On l’ignore. »

La climatologie biologique permet de dégager des notions importantes pour la compréhension du yoga et de nos réactions dans diverses régions géographiques et conditions climatiques. Nous nous contenterons, pour l’instant, de retenir que le « gradient potentiel » de l’atmosphère diffère considérablement selon le site et l’époque (variations diurnes et saisonnières). Les événements cosmiques l’influencent: phases de la lune, activité du soleil, etc. Tous les facteurs météorologiques le modifient et, dans certaines circonstances, le champ électrique peut même s’inverser temporairement.

Prāna = ions négatifs

C’est l’ionisation de l’atmosphère qui retiendra pour l’instant notre attention. La foudre en constitue une des manifestations les plus évidentes. Un seul éclair décharge dans l’air l’équivalent de la consommation totale d’énergie électrique de plusieurs jours d’une capitale telle que Paris ! Cependant, l’électricité atmosphérique est importante en tout temps, même lorsqu’elle ne se manifeste pas sous la forme spectaculaire de la foudre.
Ce chapitre sera sans doute d’une lecture aride, mais vu l’importance essentielle des conclusions qui en découlent, nous ne pouvons nous y soustraire.

Tout d’abord, rappelez-vous qu’un ion est un atome ou fragment de molécule chargé électriquement, et que les ions sont les véritables ouvriers de la vie dans la cellule ; ils constituent pour une bonne part son potentiel vital, c’est-à-dire pranique.

Dans l’atmosphère, nous rencontrons deux types d’ions :

a) les petits ions négatifs, ou ions normaux. Très actifs électriquement, ce sont de minuscules paquets d’énergie électrique à l’état presque pur. Dans l’air que nous respirons, ils sont en général constitués d’un ou de quelques atomes d’oxygène ou d’azote porteurs d’une charge qui correspond à un électron unique. Les petits ions négatifs apportent la vitalité à l’organisme, ils représentent le prana atmosphérique sous sa forme active ;

b) les gros ions, ou ions lents. Ceux-ci sont formés d’un noyau polymoléculaire, donc beaucoup plus gros, auquel s’est ajouté un ion négatif normal dont on devrait plutôt dire qu’il a été pris au piège du noyau précité.

Nous retiendrons donc que les petits ions négatifs vitalisants sont rapides, très mobiles, tandis que les gros ions lents jouent le rôle d’attrape-mouches en agglutinant les petits ions qu’ils attirent et captent au passage. La présence de nombreux gros ions lents, formés par captation de petits ions très mobiles, diminue la conductivité de l’air, ce qui se produit notamment quand il est pollué par des poussières, des fumées, du brouillard. Grosso modo, on peut dire que la concentration des petits ions dans l’atmosphère diminue quand celle des gros augmente et vice versa, ou bien que la concentration des uns est inversement proportionnelle à celle des autres. Voilà pour- quoi il y a surabondance de gros ions dans l’atmosphère souillée des villes. À la campagne, où l’air est propre, on compte un, deux ou trois petits ions pour un gros, tandis qu’en ville la proportion est de 1 petit contre 275 gros et dans certains cas même d’un petit seulement contre 600 gros ! Si nous considérons les ions négatifs comme les « ouvriers de la vie à l’intérieur de la cellule » (docteur Goust), on comprendra combien l’atmosphère des villes est pauvre en prāna, donc débilitante.

Ce qui précède explique et confirme les théories yogiques qui affirment que le prāna n’est ni l’oxygène, ni l’azote, ni aucun des constituants chimiques de l’atmosphère, car en ville aussi bien qu’à la campagne, la teneur en oxygène de l’atmosphère est en fait identique. C’est la prédominance des gros ions lents et l’absence des petits ions négatifs actifs qui rend l’air des grandes villes moins tonique et vivifiant que celui de la campagne. Par conséquent, les poussières sont aussi pernicieuses, sinon plus, que les gaz d’échappement des voitures et les émanations industrielles, car elles absorbent et neutralisent tout le prāna de l’atmosphère. N’allons pas en conclure qu’il suffit de conditionner l’air de nos appartements et de le dépoussiérer avant de le respirer. Le conditionnement d’air ne lui restitue pas les petits ions négatifs. La seule solution consisterait à mettre tout en œuvre pour empêcher que les poussières ne parviennent dans l’atmosphère avant qu’elles ne la vident de ses petits ions vitalisants. Les fumées ainsi que le brouillard jouent le même rôle. Souvent, dans nos villes, ces trois éléments se conjuguent. Faut-il donc s’étonner que la vitalité des Londoniens1, par exemple, baisse si fort en période d’hiver ?

Nous reviendrons sur ce point au chapitre suivant.
Il faut reconnaître que l’air de Londres est beaucoup moins pollué actuellement grâce aux mesures énergiques qui ont été prises. Les hirondelles reviennent nicher dans la City : c’est un indice !

Sources des petits ions vitalisants

Ioniser négativement les atomes d’oxygène, c’est leur ajouter de l’énergie électrique. Cela ne se produit que sous l’influence d’importantes sources d’énergie. Lesquelles? Les radiations telluriques, c’est-à-dire les émanations radio- actives naturelles du sol par ailleurs si faibles qu’elles ne nous causent aucun dommage, à l’inverse de la radioactivité artificielle beaucoup plus puissante sont un facteur important d’ionisation de l’air. (Certaines roches émettent des rayons gamma.) Toutefois, la source principale d’ions négatifs vitalisants est constituée par des radiations électromagnétiques de courte longueur d’onde, provenant du soleil, cet inépuisable générateur d’énergie.
Autre source : les rayons cosmiques ; ceux-ci sont très importants, car si le rayonnement solaire est intermittent (alternance du jour et de la nuit, interposition de l’écran de nuages), par contre, les rayons cosmiques irradient de nuit comme de jour ; ils percent les plus épaisses couches de nuages sans rien perdre de leur énergie : on en retrouve même dans le sol.

D’énormes quantités d’ions vitalisants sont produites par les grandes masses d’eau en mouvement ou en cours d’évaporation : voilà pourquoi l’air est si vitalisant au bord de la mer ; et ce n’est pas seulement à cause de la présence d’iode, dont nous dirions même qu’il joue un rôle mineur. À la mer, toutes les conditions sont réunies pour une ionisation vitalisante maximale : grandes masses d’eau en mouvement et en évaporation, action du vent du large, absence de poussière, ionisation maximale par le soleil et les rayons cosmiques. Sur la côte et au large, nous bai- gnons dans un océan de prana, parfois même trop intense pour certains organismes ultrasensibles, incapables d’absorber et de répartir cet afflux surabondant d’énergie. Certains enfants deviennent nerveux et irritables. Des adultes y perdent parfois le sommeil. Les techniques yogiques de pranayama ont pour but, entre autres, de nous permettre d’en fixer une quantité accrue, de l’emmagasiner, de le répartir dans l’organisme et de l’y diriger où les besoins s’en font sentir.
Vous pressentez que ces considérations théoriques vont bientôt déboucher de plain-pied dans la pratique : « Une once de pratique vaut mieux que des tonnes de théorie » (Swami Sivananda).

Métabolisme de l’électricité

Le terme métabolisme vous est familier. Il désigne habituellement la totalité des transformations que notre corps fait subir aux molécules des aliments, soit pour édifier nos structures cellulaires, soit pour libérer l’énergie vitale. Nous savons aussi qu’il y a un métabolisme de l’eau, qui dans le corps sert de bonne à tout faire. Tour à tour elle constitue le liquide intra- ou extracellulaire, entre dans la composition du sang et de la lymphe, etc., s’en va dissoudre les substances toxiques pour les rejeter par les émonctoires (peau, poumons, intestins, reins). Par contre, nous ignorons généralement qu’il existe un véritable métabolisme de l’électricité : c’est l’immense mérite de Fred Vlès de l’avoir étudié. L’animal – et ce terme inclut l’homme – se charge néga- tivement par absorption de petits ions négatifs. Ceux-ci suivent un cheminement compliqué à travers l’organisme en s’associant au phénomène d’oxydoréduction1. Tous les phénomènes vitaux sont accompagnés d’oxydations ou de l’apport d’un électron correspond à une réduction, son enlè- vement à une oxydation-réductions, sans parler d’autres rôles et actions beaucoup plus complexes à l’intérieur même de la cellule, de la cellule nerveuse en particulier. Les autres métabolismes dépendent en quelque sorte de ce métabolisme électrique. Le mammifère qui vit dans la nature ingère jusqu’à refus les charges négatives liées à l’oxygène respiratoire et en élimine l’excès par la déperdition générale qui a lieu par la peau. Comme la batterie de notre voiture, nous devons nous «charger» à bloc, pour nous saturer d’électricité négative et laisser la peau en évacuer l’excédent éventuel. Fred Vlès a constaté que, chargées au même potentiel, une souris morte se décharge très lentement, tandis qu’une sou- ris vivante présente une forte déperdition d’énergie négative, indice d’une grande activité électrique vitale ; c’est l’indice aussi que l’organisme est bien approvisionné en petits ions négatifs vitalisants. Ainsi donc, la science occidentale rejoint et confirme intégralement les théories yogiques relatives au prāna.

Fred Vlès a établi que les animaux homéothermes, donc tous les mammifères, ont une déperdition d’électricité plus grande que les poïkilothermes (c’est-à-dire à sang froid, telle la grenouille), chez qui elle est à peu près nulle. Chez le mammifère qui a acquis la régulation de la température, le régime des échanges électriques avec l’atmosphère est donc très important. La grenouille dépend moins que nous du prana de l’air. Le métabolisme de l’électricité, mesurable et mesuré, explique bien des choses. Retenons tout d’abord que l’assimilation d’ions négatifs doit être très importante pour entretenir la machine vivante en activité maximale, donc pour charger nos accus à bloc, puisqu’il faut assurer l’évacuation des ions utilisés, car l’organisme a besoin de renouveler constamment et activement ses charges électriques. Électriquement, l’organisme sain est comparable à un lac de montagne toujours alimenté en eau fraîche qui s’écoule aussitôt par le torrent, et l’organisme affaibli, malade, à un marais où l’eau stagne et croupit. Tout se passe comme si la déperdition d’ions était aussi importante que leur absorption, comme si elle la conditionnait, exactement comme l’expiration conditionne l’inspiration.

Favoriser le métabolisme électrique

Fred Vlès a montré que cette déperdition d’électricité était favorisée par l’action photochimique de la lumière ultraviolette provenant notamment des rayons du soleil. Les bains de soleil nous vitalisent en activant notre métabolisme électrique. Cela explique pourquoi l’organisme ne doit pas être isolé électriquement, et qu’il doit être relié au sol, car il est ainsi l’objet d’une fuite électrique cons- tante. Dans la nature, tous les animaux, suivant l’expression imagée de Fabre, sont « soumis à une électrothérapie permanente» sans pouvoir s’y soustraire. La fourrure retient l’air enfermé entre les poils, ce qui constitue le meilleur isolant thermique, sans que les poils fassent obs- tacle à l’évacuation de l’électricité. Au contraire, ils sont comme autant de paratonnerres à rebours. Ainsi nous avons tous remarqué les propriétés électriques de la fourrure du chat : lorsqu’on le caresse, il peut se produire un crépitement d’électricité statique. Par les pattes, les animaux sont en contact direct avec le sol. Leur organisme fonctionne « à la terre ». Cette action est si importante que Fred Vlès se demande si beaucoup de recherches concernant le métabolisme des mammifères, par exemple effectuées sur des animaux en cage, sans se préoccuper des conditions électriques, ne nécessiteraient pas une révision de seconde approximation. Chez l’homme, les vêtements forment une couche isolante qui freine l’évacuation normale de l’électricité par la peau et réduit les échanges électriques avec l’air atmosphérique. En outre, ils arrêtent les rayons ultraviolets. Nos chaussures nous isolent, au sens électrique du terme, et contribuent ainsi à diminuer notre vitalité. Les peuples vivant nus, ou presque, ont toujours eu une vitalité beaucoup plus grande, et dès qu’ils s’habillent pour suivre l’exemple des Blancs, leur vitalité diminue.
Décidément, cette notion de prana sous la forme d’électricité atmosphérique ainsi que la nécessité de son renouvellement constant éclairent bien des choses.
Elle explique pourquoi marcher pieds nus dans la nature procure une sensation d’euphorie particulière qui n’est pas ressentie sur le parquet d’un appartement où l’organisme fonctionne sans « prise de terre ». Kneipp, ce grand intuitif, l’avait pressenti en recommandant la marche pieds nus dans l’herbe mouillée par la rosée du matin. La rosée permet une meilleure « mise à la terre » de l’organisme. La marche pieds nus dans une rivière ou un ruisseau produit des effets qu’un bain de pieds dans une baignoire ne procure pas. En reconsidérant certains phénomènes sous leur aspect prānique, bien des faits mystérieux et inexplicables deviendront limpides et donneront lieu à des applications pratiques non seulement pour notre comportement en général, mais surtout pour la respiration yogique.

Sauna et prana

Un aspect inattendu du problème se présente maintenant sous la forme du sauna.
Fred Vlès admet en effet que l’animal qui se charge négativement en absorbant des ions négatifs par la respiration, peut éventuellement le faire aussi en émettant des ions positifs par évaporation d’eau. Or s’il est un endroit où l’on est soumis à une abondante évaporation, c’est assurément au sauna !
Après un bon sauna, l’homme se sent aussi dynamisé et « rechargé » qu’après une longue promenade dans la nature, et cela ne peut être uniquement la conséquence de l’élimination des toxines. L’ouverture des capillaires, l’activation de la circulation sanguine à travers tout le corps amène une tonification générale qui peut expliquer en bonne partie ces effets du sauna. Cependant ce sentiment de « recharge », de « dynamisme », peut provenir aussi d’une augmentation de la charge électrique de l’organisme.

Résumé

Le Prāna est la somme totale de toutes les énergies de l’Univers.
Le prāna, avec « p » minuscule, en est une forme particulière ; dans l’atmosphère, il est représenté principale- ment par les petits ions négatifs.
La teneur en prāna de l’atmosphère est sujette à de très importantes variations saisonnières et géographiques.
Les gros ions lents sont sans intérêt au point de vue prānique ; en tant que pièges à petits ions, ils sont même néfastes.
Les poussières, les fumées, le brouillard enlèvent le prāna de l’air.
Le soleil, les rayons cosmiques, les masses d’eau en mouvement et en évaporation sont les facteurs principaux d’ionisation et chargent l’air de prāna.
Il existe un métabolisme de l’électricité. L’organisme absorbe de l’électricité atmosphérique, l’utilise et la rejette par la peau ; plus ce métabolisme est actif par l’absorption d’ions négatifs et par l’évacuation de l’électricité excédentaire, plus l’être est « vivant » et en bonne santé.

Extrait de PRANAYAMA, LA DYNAMIQUE DU SOUFFLE, par André Van Lysebeth